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Le clocher se libère

Boué-la-Fontaine, clocher quartier de la Chapelle
Le Clocher se libère des ténèbres. Il échappe un instant aux forces de la nuit, réapparaît brièvement dans la brume pour disparaître à nouveau brusquement. Mais il se reprend et revient à lui. Tel un ressuscité, effrayant et saisissant, il se redresse dans les frêles lueurs du matin, hirsute comme Lazard face à la lumière et fragile comme un nouveau-né. Victorieux, le soleil l’entoure de ses rayons et le réchauffe comme une mère, heureuse de retrouver son enfant.

Triomphant, majestueux, il s’élève à présent comme une croix sur les hauteurs d’une montagne,  inaccessible et invincible, victorieux de la mort. La rosée s’évapore discrètement sous la douceur timide de la chaleur matinale. Soudain une cloche sonne ! L’Angélus chasse les derniers démons et le jour reprend ses droits. S’ébranlent alors les cloches, joyeuses comme un matin de Pâques, pour fêter le triomphe de la lumière sur la nuit.

Le village reprend vie, insouciant. Les bruits familiers du quotidien rassurent. Le temps des illusions est revenu. La nature laborieuse reprend son œuvre. Les oiseaux et la faune quittent la forêt pour s’abreuver à la source. A présent, le soleil envahit comme une marée les ruelles étroites et les arrières cours restées dans la fraîcheur de la nuit. Le temps progresse et la crête des collines retrouve sa teinte bleutée.

Les douze coups de Midi annoncent le déclin. Nos heures sont comptées et la nuit nous surprendra comme la mort. Les corneilles reprennent leurs balais aériens autour de la flèche. Ils croassent et narguent le coq placide qu’aucun zéphyr ne détourne. Lucide, il attend l’Aurore pour chanter le retour de la lumière. Alors que le temps dévore l’espace.
Aux confins du ban, le paysan perçoit le son lointain de la cloche du soir. Il faut regagner sa maison. Alors, le clocher sombrera dans l’océan de la nuit comme un bateau en perdition après son dernier sacrement :  le fruit rouge tombé à l’Occident.