Govîthî, celles qui rient

Govîthi  que l'on pourrait traduire en luxembourgeois par Kéiwee ou en américain par Cow Way signifie en hindi « La chemin des Vaches ou le chemin de la Lumière ». Les architectes indiens s'inspiraient du cosmos pour construire les maisons qu'ils  orientaient vers le soleil levant. De là partait le "chemin des vaches" celui qui apporte le nouveau Soleil tous les matins, celui de la santé et de la richesse.
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A l'homme, bien folles celles qui rient et qui s'y fient. Elles rient, leur fromage fut apprécié des enfants. Des veines pâtures, une marguerite entre leurs dents, elles regardaient passer les trains à vapeur. Elles s’imaginaient tout avoir vu et respiraient l’air du temps, du temps qui ne passerait pas. Du  moins  le croyaient-elles? Du train des vacanciers au train des guerriers chargés des canons, elles regardaient en paix.

Soudain des bulldozers retournent vergers et prés, bousculent bosquets, aubépines et forêts et détournent sources et ruisseaux: pour les autoroutes. De la course des bolides, du vacarme des vacances et de la ronde des camions, elles ne regardaient.

Sereines, pleines de sagesse, avec indulgence et gentillesse, elles pardonnaient aux hommes. De leur lait elles les nourrissaient et leurs petits.

Le train aurait-il disparu ?  Un beau jour, il réapparut ! Alors, on les déménagea. On saccagea  leurs bocages et leur prés. Sereines et pleines de tendresse, elles virent avec tristesse  partir les belles terres, l’humus de leurs ancêtres : toute une richesse ! Leur calme placide d’un autre âge ne leur permit plus de remarquer ce super train nommé TGV.
Voici de bonnes gens encostumés, armés de chevalets et d'appareils à mesurer, arpenter leurs près et les remembrer, déplacer leur prairie, chambouler les bocages et dévaster. Où sont nos vergers, nos bosquets et leurs oiselets pensaient-elles?

Sous leurs pattes encore du nouveau ? Des tranchées, des fossés, des tuyaux pour drainer l’eau ?  Et voici à nouveau bulldozers et engins dévastateurs emporter les dernières belles terres. Quel lait abreuvera les futures générations? De ce lait qui fleurait bon les belles herbes des belles prairies où le sang de tant de  jeunes paysans  a coulé pour un espace de paix  sans  « Reines des Près ».

A présent elles sont emprisonnées et leurs pâtures sont devenus lotissements. Déportées, rien ne sera plus comme avant. Sereines,  pleines de sagesse et de gentillesse, elles  sombrent dans une grande détresse. Elles ont tout donné : leur chaire, leur  peau, leur lait et leurs veaux au monde entier.

Rêve-elles de petites fleurs célestes ? Les hommes se prenaient pour leurs maîtres et leurs firent perdre la raison.  Un proverbe indien dit  : « de la viande, si un jour elles en mangent, folles elles deviendront »