Les Pâques du Vin

Siant Georges-sur-Layon (Doué-en-Anjou)
Tout au long de l’année la couleur des vignes marque l’avancée du temps. Quand l’or abandonnera progressivement les feuilles pour se transformer en sang, alors la vigne livrera ses belles grappes généreuses. Le Soleil entrera dans la Vierge et commenceront les vendanges. Le temps de la récolte terminée, commencera le travail du vigneron. Enfin, le Soleil se retirera dans le Scorpion et mettra le vin en sommeil jusqu’à Pâques.
Le raisin, comme le blé, aura subi maintes manipulations et un véritable martyr : coupé, broyé puis pressé. Au sortir du pressoir il est doux, parfumé et généreux. Les enfants le boivent avec plaisir.

C’est dans la nuit de la cave que la transformation s’opère, comme aux Noces de Cana ! Ce doux breuvage devient soudain amer, piquant et à le boire il vous griserait. Arrive le printemps et le vin montre son vrai corps. En Anjou, cette belle province à l’âme aussi noble que les grains de ses vignes, les vignerons disent :  le vin doit d’abord faire ses Pâques avant de sortir de la Cave. C’est une règle universelle. Comme un ressuscité, il pourra sortir du caveau pour retrouver la lumière.

Le vin est une boisson magique. Il vous tourne vite la tête et vous transporte dans un autre monde. La sagesse populaire rapporte que le premier verre rend l’homme doux comme un agneau. Le second le rend bavard et drôle comme un signe, le troisième lui fait adopter un comportement digne d’un porc. Après le quatrième verre, l’homme devient agressif et violent comme un tigre. C’est le déroulement des quatre phases d’un monde.

Hasard de la linguistique :  En chinois, roi ou seigneur se dit Wang. En luxembourgeois la vigne c’est Wangert. Cet heureux hasard nous permet l’expression, après avoir abusé du bon vin, d’être dans les vignes du Seigneur.