Le retour à la france de l'Alsace-Moselle

Luxembourg
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Le retour 

Mémorial de la guerre de 1870
Mémorial de la guerre de 1870 - Siège de Thionville (Diedenhofen)

Le fait de vivre dans un autre contexte institutionnel, social et économique peut provoquer des différenciations au sein de groupes ethniques auparavant unifiés. Si l’Alsace germanique a choisi la France après quelques hésitations, ce n’est pas parce qu’elle était (est) française ; c’est parce que l’alliance avec Paris lui permettait de mieux sauvegarder sa spécificité germanique que l’insertion dans l’ensemble allemand. : « Ce que l’Afrique noire pourrait apprendre à l’Europe - Le Monde diplomatique de Juillet 1992 »

Le Traité de Francfort de 1871, va relancer la question identitaire en Alsace-Lorraine. Les populations affirment qu’ils veulent rester ce qu’elles sont, avec leurs écoles, leurs religions, leurs traditions que résument leurs parlers. En fait ces provinces souffrent d’intégrer purement et simplement, sans aucun droit, une nouvelle entité politique sans tradition nationale.


Le malentendu s’installe dès le début de l’annexion, entre la population et les cadres prussiens, qui débarquent « organiser » l’Alsace-Lorraine. En Lorraine, la pénurie des fonctionnaires des instituteurs notamment rentré en France est secourue massivement par l'Alsace.


En 1977, le Kulturkampf, principe de non-ingérence par les églises dans les affaires intérieures de l’empire engagera le clergé dans une lutte pour l’autonomie du pays. La nouvelle Allemagne interprète cette opposition comme une trahison. Quelle méprise ! Certes, divers des éléments extérieurs auront entretenus cette confusion.


La phase protestataire des premières années d’annexion avait retardé le redécollage économique de l'Alsace-Lorraine, la dégradation de la situation sociale et l’avenir de ses enfants étaient en jeu. Il fallait se résigner. Le pays entreprend alors son action pour un autonomisme dans le cadre de l’empire allemand cette fois-ci.   L’Alsace se remet au travail sous l’encadrement berlinois. L’organisation allemande prend place et la région en pleine époque d’industrialisation prend un essor économique remarquable Bien que tardif. Toutefois la lutte pour l’autonomie n'est pas abandonnée.


Ce combat  fut encouragé surtout par son clergé catholique, soutenu par la haute bourgeoise alsacienne et lorraine restée francophile. Le regard bienveillant de la France pour cette  cause inquiétait Guillaume II. Il  se refusait de doter l’Alsace-Lorraine d'un statut politique analogue aux autres Land allemands, craignant dans cette forme d’administration un dialogue favorable au rapprochement de l'état alsacien-lorrain avec la France. Finalement en 1911, la situation en Alsace-Lorraine se normalisait et le Kaiser consent à accorder au pays ses propres institutions. Or celles-ci ne furent jamais soumises au peuple alsacien-lorrain, d’où elle aurait dû prendre source. Elle fut donnée par Guillaume II selon son bon vouloir, donc susceptibles d'être modifiées ou même supprimées à sa guise.

Après le retour - Novembre 1918

L’une des personnalités alsaciennes les plus respectées au temps de l'administration allemande fut l’abbé Haegy. Il n’hésita pas à dire après le retour à la France, que le mouvement autonomiste lui apparaissait comme la continuation de l’ancienne politique alsacienne : « Nous avons grandi dans les traditions de l’autonomisme, dira-t-il, et il insistera sur la légitimité du bilinguisme » Mais il comprit aussi plus tard que l’autonomie dans un état-nation ne pouvait éviter la normalisation et c’est vers la création d’un état fédéré que son combat se dirigera dès lors. Il décéda en 1932 d’une crise cardiaque au lendemain de la victoire d’une majorité de ses députés autonomistes : 12 sur 16 – La France des minorités de Paul Sérant. : La France n’était pas un pays fédéral, comme l’Allemagne, et elle n’aurait jamais supporté l’autonomisme alsacien-lorrain qui supposait une association en un état alsacien-lorrain et l’état français !


Finalement la France accordera aux provinces reconquises un statut particulier, hérité de son statut de terre d’empire allemand, nommé droit local : sécurité sociale, caisses de retraites, système scolaire, administration autonome des chemins de fer, droit foncier, statut concordataire pour les trois religions reconnues etc. Ce droit local est toujours en vigueur de nos jours. Le problème des langues n’aura pas été traité comme il convenait et il se posera toujours. Finalement on n’échappe pas à la normalisation des grandes entités nationales.


Mais en Allemagne les troubles politiques d’après la première guerre mondiale, inquiètent la France et les autonomistes alsaciens sont considérés manipulés par l’Allemagne. Ce qui est également une méprise ! La guerre éclate en 1939. A nouveau l’Alsace et la Lorraine subissent la domination allemande. Mais, cette fois-ci, celle-ci sera plus dure en cette période de guerre. Le totalitarisme Hitlérien fera de l’Alsace-Lorraine une province martyre. La dictature nazie aura épuisé le pays et c’est encore dans une grande joie que l’Alsace et la Lorraine souriront à la France libératrice. Mais d’autres malheurs vont s’abattre sur elle.


L’épuration menée par l’administration provisoire de la Libération sera sévère et parfois sans discernement ; ce sont les excès de la guerre. L’Alsace-Moselle va subir cette fois-ci une véritable francisation avec une nouvelle oppression linguistique.

Après 1945, le problème linguistique persiste. Les seules revendications linguistiques paraissent dans les années 50 représenter le seul combat pour l’identité Alsacienne et Lorraine. Dans les années 1970 il est question des luttes régionalistes. Il est vrai que d’autres régions à forte identité : Basques, Bretonnes et Corses voient opérer des organisations clandestines d’actions armées. Ce n’est pas le cas en Alsace, ni en Lorraine. L’apparente bonne santé de ses dialectes va-t-il peut être aidé le pays au calme ? La présence et la pratique de la langue littéraire allemande dans les quotidiens au côté de la langue française : presse, église, formulaire de l’administration, donne une illusion de légitimité au particularisme local et aux langages populaires pourtant malmenés ? Est-ce le fait des débouchés économiques qu’offrent l’Allemagne et le Luxembourg aux travailleurs frontaliers ? Est-ce le fait d’installations d’unités de productions allemandes dans ces régions et qui font appel à des travailleurs bilingues, ce qui en fait rehausse l’identité locale ? Est-ce encore le fait de la nouvelle loi de régionalisation et l’avancement de la construction européenne ?

Dans les années 1970 le « Cercle Schickele » entreprend une véritable campagne de sensibilisation et de revendications pour le bilinguisme. Son « Appel aux Citoyens et aux autorités en Alsace et en Lorraine » publiée dans les journaux locaux fera réagir le préfet du Haut-Rhin lors d’une cérémonie commémorative de la Libération. Le Cercle organise des cours d’Allemand et essaie de mobiliser la population pour la défense des dialectes en Alsace-Moselle - Voir "Eugène Philipps - La Crise d’identité l’Alsace face à son Destin".

Dans les mêmes années on constate une résurgence de l’autonomisme, mais il reste marginal et ne mobilisera pas la population pour ses thèses séparatistes et parfois nationalistes et d’extrême droite dans certains cas. En Moselle, les associations de défense de l’identité régionale eurent leurs heures de gloire. Aujourd’hui leurs activités se sont réduites, voir éteintes dans la partie dialectophone thionvilloise du département.


La spécificité alsacienne s’affirme à l’heure actuelle essentiellement par la revendication linguistique « régionale ». Bien souvent on trouvera des enseignants à la tête des organisations de défense de langues et des cultures régionales. Le combat se traduit souvent par l’application de la loi sur les langues régionales et de leur entrée dans les écoles, mais avec beaucoup de difficultés dans l’arrondissement de Thionville.

Notes

Marlenheim
L’Alsace-Lorraine et l’Empire Allemand 1871-1911 – Robert Baldy – Berger Levrault, Editeurs – 1912 - Page 27

a - Courrier de Metz, 4 juin 1911. Cf. Les paroles si caractéristiques de 1011. Muller (ancien correspondant de Strasbourg de la Gazette de Francfort) op. Cit. p. 24 : « Donnons à l'Alsace-Lorraine son autonomie. Donnons-lui la possibilité de vivre d'une vie propre, d'entretenir la flamme de son foyer, de cultiver son génie national. Et la France s'habituera elle-même au sort indépendant fait à ce pays et le chagrin qu'elle pourra ressentir de l'avoir perdu sera le chagrin d'une mère qui sent son enfant au loin mais le sait heureux dans sa propre maison. »

b - cf. Le discours du chancelier de Bethman-Holbweg. Rtg., 28 janvier 1911. « La politique de Bismarck tendait à donner aux Alsaciens Lorrains une patrie placée autant que possible sur le même niveau que les autres états allemands et sous la protection de l'Empire. La constitution d'un gouvernement local en Alsace-Lorraine, l'indépendance croissante de sa législation, ont contribué avec l'effort économique à fortifier chez les Alsaciens-Lorrains leur sentiment de patriotisme local, qui n'avait pas été complètement anéanti par la domination française. On a créé, de cette manière, un élément qui n'est pas seulement pour les Alsaciens-Lorrains de première importance, mais qui constitue aussi un apport précieux pour leurs relations avec l'Empire.

Nous détruirions tous ces trésors matériels et intellectuels, si nous voulions incorporer I'Alsace-Lorraine entre des pays limitrophes; il faudrait des raisons de nécessites pressantes pour justifier une pareille mesure. Encore ne serait-ce simplement que pour détruire tous les plans des générations antérieures et recommencer sur une nouvelle base. »

Discours de monsieur Preiss, député de Colmar, Page 202 le 28.1.1911 (au Reichstag ?) Monsieur Preiss, après avoir rappelé la promesse de Bismarck, continue, « L’Alsace-Lorraine sera, dans tous les rapports, placée au même niveau que les autres états allemands »….