A l'origine de la situation linguistique du Luxembourg

Le Comté du Luxembourg à son épogée
1659, le Traité de Pyrénées accorde à la France les territoires de la zone A, de couleur verte

1794, La Révolution Française départementalise les territoires allemands de la rive gauche du Rhin et  le territoire du Luxembourg sous l’appellation « Département des Forêts ».

1815, le Congrès de Vienne ampute le Duché du Luxembourg des zones B et C  et les offre à la Prusse (couleur bleue) et aux Pays Bas (couleur rouge).

1839, la Belgique absorbe la zone D et E suite à la Révolution Belge. Depuis les limites territoriales sont réduites à la zone F de couleur jaune.

Monsieur Joseph Hansen, dans le n° 5 des « Cahiers Luxembourgeois » de 1932:
C’est grâce à la langue française que le Luxembourg doit son indépendance culturelle vis-à-vis de l’Allemagne. En effet la langue maternelle des Luxembourgeois est le Luxembourgeois. Or, cette langue française, omni présente dès les premiers âges dans les comptines a contribué à un juste équilibre entre la culture d’essence germanique qu’est la langue nationale et la culture française. Elle a permis de faire du pays ce qu’il est : un pays indépendant, une véritable nation.

Le Comté de Luxembourg, membre du Saint Empire Romain Germanique, fondé par Siegfroid de Yutz et des Ardennes, le Dimanche des Rameaux de l’an 963, s’étendait considérablement au 17ième siècle sur les territoires l’actuelle Belgique et de l’actuel Département de la Moselle et plus encore, en Rhénanie. L’Allemand littéraire et le Français furent  les langues du droit et de la justice des zones germanophone et francophones respectives.

1659 Le Traité des Pyrénées  annexe à la France la ville luxembourgeoise germanophone de Thionville, Diddenuewen, et ses environs, ainsi que Montmédy en Meuse.

1815 Le Traité de Paris donne à la Prusse l’Eiffel luxembourgeoise avec Bitburg.

1839 Après la Révolution belge, le Traité de Londres annexe au Royaume de Belgique constitué la ville luxembourgeoise d’Arlon et ses alentours.

Le Luxembourg est ainsi réduit peu à peu aux limites actuelles sous l’appellation Grand Duché du Luxembourg. Il sera peuplé, ainsi, de seuls germanophones.

Les signataires du Traité de Londres confirmeront l’adhésion du nouvel état moderne dans le Zollverein et dans la Confédération Germanique. Ils maintiendront la langue allemande et la langue française dans le pays, à présent exclusivement peuplé de sujets germanophones. Cette décision trouve ses raisons dans la volonté politique européenne de marquer la neutralité du nouveau Luxembourg face aux appétits territoriaux français et allemands. Depuis la courte durée de la départementalisation du Duché de Luxembourg de 1795 à 1814, les banquiers luxembourgeois, francophiles, avaient encouragé l’élite à la francophonie. (voir Rohan G. l’Affaire du Luxembourg Calmann-Levy Paris 1883)

Compte tenu des étroites relations politiques, administratives, religieuses et économiques avec les membres de la Confédération Germanique et du Zollverein, la langue allemande, de ce pays essentiellement germanophone, gardera sa primauté. Quant à la religion ? Le Luxembourg catholique est intégré depuis son existence à l’évêché de Trèves. La presse appartient à l’Eglise (Journal Luxemburger Wort). 

L’allemand est  la langue d’enseignement religieux et de la scolarisation; elle permettra aux classes moyennes d’accéder facilement aux fonctions publiques. Les administrations, Postes, plus tard Chemins de Fer, furent des compagnies prussiennes. En revanche, le français est promis au droit et à la justice et sera introduit à l’école en seconde langue après les premières années d’études primaires. L’Allemand constituait donc la langue administrative courante du pays. Le Lëtzebuergesch, est un langage collatéral allemand, apparenté à celui du Nord de la Lorraine du Thionvillois, du Pays de Sierck et des zones mosello-rhénanes voisines, annexées à la Prusse depuis 1815. La défaite allemande de 1918 dissout le Zollverein. La langue allemande perdra peu à peu sa place prépondérante.

L’indépendance totale du Grand-Duché du Luxembourg intervient en 1867, après l’Affaire du Luxembourg, avec sa sortie de la Confédération germanique et le départ  des troupes prussiennes. Le gouvernement luxembourgeois s’ingénie à suggérer et à développer un sentiment national luxembourgeois au nouvel état. Cette grande entreprise sera confiée à l’Eglise. Ainsi en 1870, Rome crée le diocèse de Luxembourg qui saura tisser le sentiment national luxembourgeois. Exacerbée par les interférences étrangères: belges, hollandaises, prussiennes et françaises, la population réclamera le statut de langue nationale et officielle de leur parlé. Le développement rapide des activités financières, et de sa fiscalité originale, favoriseront l’arrivée quotidienne massive de travailleurs frontaliers francophones , notamment. La « luxembourgophonie » en souffrira. C’est en 1983, à l’apogée de la conséquente frustration nationale, sous le gouvernement Werner, que la chambre des députés votera, après de long débats, la loi sur le statut de langue nationale, mais non officielle,  du Lëtzebuergesch. Les langues françaises et allemandes conserveront leurs attributions. Le  Lëtzebuergesch est unifié et doté d’une codification depuis 1975. Elle est revue en 1990. A suivre.